Analyse | Iran : échec et mat, et après?
La fameuse expression « échec et mat », tirée du jeu d’échecs et qui signifie la fin d’une partie avec la défaite d’un joueur et la victoire de l’autre, a une tout autre signification en persan, langue dont elle tire son étymologie d’origine. Cette expression, dérivée du persan En effet, au jeu d’échecs, pour qu’un joueur puisse déclarer sa victoire, il lui suffit de prendre le roi au piège, de le coincer de sorte qu’il ne trouve plus aucune issue de secours. Pas besoin de le capturer ou de le faire tomber comme c’est le cas avec les autres pièces du jeu, y compris la reine. La situation dans laquelle se trouve aujourd’hui le guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, présente beaucoup de similitudes avec la notion du Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei. (Photo d'archives) Photo : Reuters / Office of the Supreme Leader of Iran Aux échecs, pour prendre au piège le roi adverse, il faut maîtriser l’art de surprendre. Pour l’Iran, la surprise a été double. La première est survenue le 13 juin lorsque les Israéliens ont mené une série d’attaques sur le sol iranien, tuant plusieurs hauts responsables des Gardiens de la Révolution ainsi que des scientifiques nucléaires. Pour rapidement mener ses frappes à bien sans que celles-ci soient détectées par les forces iraniennes, Israël a eu recours à une opération secrète du Mossad, son service de renseignement, qui a impliqué l’utilisation de drones fabriqués dans des installations clandestines situées à l’intérieur de l’Iran. De la fumée noire s'échappe d'un dépôt pétrolier après une attaque israélienne contre une installation iranienne. Photo : Associated Press La deuxième surprise pour la République islamique est survenue samedi, tard le soir, lors des frappes américaines sur ses sites nucléaires. Certes, le président américain Donald Trump brandissait depuis plusieurs jours déjà la menace de bombarder les sites atomiques iraniens et avait même coupé court à son séjour à Kananaskis, en Alberta, où il participait au Sommet du G7, sous ce prétexte. Cependant, le doute planait toujours samedi matin et le président Trump avait même donné un échéancier de deux semaines à Téhéran, ouvrant ainsi la voie à une éventuelle solution diplomatique du conflit. Pour réussir leur opération, baptisée Le chef d'état-major interarmées des États-Unis, le général Dan Caine, s'exprime lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Arlington, près de Washington, le dimanche 22 juin 2025, après que l'armée américaine eut frappé trois sites en Iran. Photo : La Presse canadienne / Alex Brandon / Associated Press Cette intervention militaire comprenait plusieurs Aux yeux des Iraniens, c’est la diplomatie internationale qui a été victime de tromperie, pas eux. Selon le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, les États-Unis et Israël ont fait Des traînées de roquettes sont visibles dans le ciel au-dessus de la ville côtière israélienne de Netanya durant une nouvelle série d'attaques de missiles iraniens le 21 juin 2025. Photo : Getty Images / AFP / JACK GUEZ Autre point de similitude avec le jeu d’échecs : le but final n’est pas de faire tomber le roi adverse mais de le coincer. C’est l’objectif qu’affichent, du moins publiquement, les États-Unis. Le président Donald Trump, son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, et son chef de la diplomatie, Marco Rubio, ont tour à tour répété dimanche que l’opération L’administration Trump dit qu'elle veut Donald Trump a assuré que les installations d'enrichissement d'uranium de l'Iran ont été « complètement et totalement détruites ». Photo : Associated Press / Carlos Barria La balle est donc à présent dans le camp iranien. Le régime des mollahs a peut-être perdu des capacités de frappes dans la région, ses alliés au Liban, en Syrie et au Yémen ayant été affaiblis après plus d’un an de guerre avec Israël, mais Téhéran possède encore d’imposantes capacités de nuisance qui peuvent faire mal aux États-Unis et à la communauté internationale plus généralement. Les Gardiens de la Révolution peuvent par exemple décider de bloquer le détroit stratégique d’Ormuz, où transite près de 20 % de la demande mondiale de pétrole, faisant ainsi grimper le prix à la pompe, notamment en Asie. Il s’agit de l’option la moins explosive sur le plan militaire. L’Iran peut aussi décider de sortir le grand jeu. Bien que son matériel militaire soit en grande partie vieillissant en raison de la difficulté pour les Iraniens de se procurer des équipements de rechange à cause des sanctions internationales, Téhéran dispose du Les Iraniens pourraient par surcroît opter pour un des scénarios les plus redoutés en prenant pour cible les bases militaires américaines au Moyen-Orient. Certaines de ces bases ont déjà été visées par des alliés de Téhéran dans la région, mais une intervention directe des Iraniens ferait entrer le conflit en terrain inconnu. Quoi qu’il en soit, la partie semble encore loin d’être finie, et les chah mat
, signifie littéralement le roi est pris en embuscade
ou le roi est surpris
.chah mat
.
L'art de surprendre

Tactiques trompeuses
Marteau de minuit
, les forces américaines ont utilisé des tactiques trompeuses visant à leurrer
les Iraniens, a expliqué dimanche matin le chef d’état-major de l’armée américaine, Dan Caine.
manœuvres de tromperie
, a-t-il dit. Pour leurrer
les Iraniens, certains bombardiers B-2 ont décollé des États-Unis vers l'Ouest et vers le Pacifique, tandis que d'autres se sont dirigés discrètement vers l'Est, avec un minimum de communications tout au long des 18 heures de vol
.exploser la diplomatie
en décidant de franchir une importante limite
.Nous étions en négociations [sur le programme nucléaire iranien] avec les États-Unis quand Israël a décidé de faire exploser cette diplomatie
, a-t-il écrit sur X, ajoutant qu'au moment où l'Iran discutait avec des pays de l'Union européenne, les États-Unis ont décidé, à leur tour, de faire exploser
cette diplomatie.Ils ne peuvent pas parler de diplomatie, ils ont trahi la diplomatie
, a pour sa part déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères sur la chaîne CNN.
Personne ne sait ce qui va se passer par la suite, mais ce qui est sûr, c’est que la responsabilité des conséquences de cette guerre doit être assumée par les États-Unis et Israël
, a dit Esmaïl Baghaï sans préciser de quelle façon Téhéran compte riposter.L’Iran a le droit d’exercer son droit à la légitime défense
, a-t-il encore ajouté.La paix par la force
Marteau de minuit
ne visait pas à faire tomber le régime iranien.parvenir à la paix en faisant usage de la force
et se dit prête à discuter avec l’Iran au sujet de son programme nucléaire civil.
Le régime iranien doit se réveiller et se dire : "OK, si nous voulons vraiment de l'énergie nucléaire [à des fins pacifiques] dans notre pays, alors il y a un moyen de le faire"
, a dit Marco Rubio lors d’un entretien accordé à la chaîne Fox News. L'offre est toujours là, nous sommes prêts à leur parler demain.
Scénarios possibles
plus grand arsenal de missiles balistiques à courte et moyenne portée
dans la région. C’est ce qu’affirme l'Institut international des études stratégiques (IISS) dans son rapport 2024 sur les capacités militaires dans le monde.joueurs
devront encore attendre avant de ranger leurs pions.
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